🧭 Où voler

Lire une carte aéronautique quand on vole en drone de loisir

Si vous avez déjà ouvert une carte aéronautique et refermé l’onglet au bout de deux minutes, c’est normal. Ces cartes n’ont pas été faites pour vous : elles ont été faites pour des pilotes d’avion, avec leur vocabulaire, leurs unités et leurs habitudes — et personne ne vous a jamais expliqué ce vocabulaire. Ce n’est pas un manque de sérieux de votre part. C’est un problème de traduction.

Cet article fait la traduction. Les mots qu’on y croise, la question « cette zone est-elle active aujourd’hui », et les deux réglages sans lesquels la carte du SIA raconte n’importe quoi à un télépilote.

Un télépilote étudie une carte avant son vol.
Réponse rapide

Pour un vol de loisir, la carte des restrictions drone de cartes.gouv.fr suffit à répondre aux deux premières questions : ai-je le droit d’être ici, et jusqu’à quelle hauteur. La carte aéronautique du SIA sert à comprendre pourquoi une zone est là, et à traiter les cas particuliers. Si vous ne l’ouvrez jamais, vous n’êtes pas en faute — vous êtes seulement moins renseigné.

Et si vous l’ouvrez : réglez le filtre sur plancher FL 0, plafond FL 5, et cochez les couches. Sans ça, elle vous montre le ciel des avions de ligne.

1Les mots qu’on croise, une phrase chacun

Trois sigles reviennent dès qu’on parle de restrictions temporaires — NOTAM, SUP AIP, ZRT. Ils ont leur article, qui les prend un par un et dit où les chercher : ZRT, NOTAM et SUP AIP. Ici, on s’en tient au vocabulaire de la carte aéronautique elle-même.

CTR
Control Zone : la zone de contrôle autour d’un aérodrome. Elle part du sol, donc votre drone y est dès le décollage.
Zones P et R
Interdite (prohibited) et réglementée (restricted). Ce sont des zones permanentes, publiées une fois pour toutes : on n’entre pas dans une P, on n’entre dans une R que sous les conditions publiées. À ne pas confondre avec la ZRT, qui est temporaire. La plupart apparaissent déjà en rouge sur la couche « Restrictions UAS » de cartes.gouv.fr.
Zone D
Dangereuse. Le survol n’y est pas interdit en soi, mais il s’y déroule une activité qui l’est — tirs, treuillage, activité militaire.
Espaces protégés
Réserves naturelles, cœurs de parcs nationaux, arrêtés de protection de biotope. Des restrictions de survol décidées pour la faune et la flore, par d’autres autorités que l’aviation civile — et qui n’apparaissent sur aucune carte aéronautique.
Carte OACI
La carte des pilotes d’avion en vol à vue. Elle ne vous est pas destinée, mais elle montre des choses qui vous concernent.
FL, ft, AGL, AMSL
Des unités et des références de hauteur. C’est là que se cachent la plupart des malentendus — voir plus bas.
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2« Elle est activée ou pas, et quand ? »

C’est la question qui revient le plus souvent, et elle a une réponse courte : la carte vous dit qu’une zone existe, pas qu’elle est allumée. Trois cas.

  • Zone permanente — active en continu. Rien à vérifier.
  • Zone à horaires publiés — sa fiche donne un code horaire. « HJ » signifie de jour ; « SR-30 / SS+30 », de trente minutes avant le lever du soleil à trente minutes après son coucher. C’est écrit, il suffit de le lire.
  • Zone activée à la demande — impossible à deviner : c’est le NOTAM du jour, ou la publication AZBA du jour, qui le dit.

Le réflexe à retenir : une zone dessinée n’est pas forcément active, et une zone active n’est pas forcément dessinée. C’est pour cette raison qu’aucune carte, aussi bonne soit-elle, ne remplace la consultation du jour.

Et il y a ce qui ne figure sur aucune carte aéronautique : la faune et la flore. Une réserve naturelle, le cœur d’un parc national, un arrêté de protection de biotope peuvent interdire ou encadrer le survol pour des raisons qui n’ont rien d’aéronautique. Une bonne partie de ces espaces apparaît déjà en rouge sur la couche « Restrictions UAS » de cartes.gouv.fr : vous les voyez donc sans rien faire de plus. Mais la carte prévient elle-même qu’elle n’intègre que partiellement les interdictions qui ne viennent pas de l’information aéronautique, et qu’elle ne couvre pas la protection des biotopes et des habitats naturels. À retenir : quand c’est rouge, c’est fiable ; quand ce n’est pas rouge, ce n’est pas une garantie. C’est le sujet d’un article dédié : voler dans un espace naturel.

Et certaines sont saisonnières — une zone peut être active au printemps et levée en août. Autrement dit, une carte consultée en février ne décrit pas l’été. Le sujet est traité en détail dans voler près d’un espace naturel : nidification, espèces protégées, statuts des sites.

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3Régler la carte du SIA avant de la lire

Deux réglages, et vous éviterez les deux erreurs les plus courantes.

Premier réglage : le niveau de vol. La carte se filtre par « niveau de vol ». Un niveau de vol s’exprime en centaines de pieds : FL 5 vaut 500 pieds, soit environ 150 mètres — pas 5 mètres. Et FL 100 vaut 10 000 pieds, un peu plus de 3 000 mètres — pas 100. Tant que ce filtre n’est pas réglé, la carte affiche des espaces qui commencent à des kilomètres au-dessus de votre drone. Le réglage utile tient en deux champs : plancher FL 0, plafond FL 5.

Panneau de filtres de la carte du SIA : intervalle de niveau de vol, plafond FL 5 et plancher FL 0, avec un curseur gradué jusqu’à FL 660.
Le filtre à régler avant tout le reste. Le curseur monte jusqu’au FL 660 — 20 000 mètres. Sans réglage, vous regardez le ciel des avions de ligne.

Capture d’écran du visualiseur de cartes du SIA (DGAC / DSNA) — données AIP du 6 août 2026, fond de carte © IGN. Septembre 2026.

De quoi convertir sans calculatrice les valeurs que vous croiserez :

Niveau de volPiedsMètresCe que c’est
FL 00 ft0 mle sol
400 ft120 mle plafond du vol de loisir en catégorie Ouverte
FL 5500 ft150 mle plafond à saisir dans le filtre
FL 101 000 ft305 m
FL 252 500 ft760 mle plafond de la zone de contrôle de Caen
FL 303 000 ft915 mle plafond d’une activité de treuillage déclarée
FL 10010 000 ft3 050 m
FL 19519 500 ft5 940 m
FL 66066 000 ft20 100 mle haut du curseur

Un pied vaut 0,3048 mètre. Pour aller vite sur le terrain : multipliez les pieds par 0,3 — vous obtenez les mètres à 2 % près, toujours par défaut.

Second réglage : les couches. Par défaut, la carte ne montre pas tout. L’information est répartie en couches qu’il faut activer une par une, dans le menu des calques — l’icône en forme de feuilles empilées, à droite. Trois familles comptent pour un drone : les espaces aériens (surtout les CTR), les zones R, D et P, et les autres couches — obstacles, activités aériennes sportives et récréatives, zones ZSM.

Menu des couches ouvert sur les espaces aériens (FIR, SIV, TMA, CTR, LTA, UTA, CTA, OCA) et infobulle de la zone de contrôle de Caen indiquant 2500 ft AMSL et 0 ft AGL.
La couche CTR activée fait apparaître la zone de contrôle de Caen. Son infobulle donne les deux bornes : 2 500 ft AMSL en haut, 0 ft AGL en bas. Sans cette case cochée, la zone n’existe pas à l’écran.

Capture d’écran du visualiseur de cartes du SIA (DGAC / DSNA) — données AIP du 6 août 2026, fond de carte © IGN. Septembre 2026.

Menu « Autres couches » ouvert : radio navigation, obstacles, activités aériennes sportives et récréatives, zones ZSM. Fiche d’une activité d’aéromodélisme AER-8393, plancher 0 ft, plafond 500 ft, active de jour du lever au coucher du soleil.

À gauche, les couches à activer en plus des espaces aériens. À droite, ce qu’elles révèlent : un club d’aéromodélisme déclaré entre le sol et 500 pieds — 150 mètres, exactement votre tranche de vol. Capture d’écran du visualiseur de cartes du SIA (DGAC / DSNA) — données AIP du 6 août 2026, fond de carte © IGN. Septembre 2026.

Une précision sur les ZSM, puisque le mot revient : ce sont des zones de sensibilité majeure, créées pour protéger les grands rapaces — gypaète barbu, vautour percnoptère — pendant leur reproduction. Le contournement y est recommandé, pas imposé, elles s’activent selon les saisons et ne concernent que les Pyrénées, les Alpes, le Massif central et la Corse.

Et une hauteur ne veut rien dire sans son référentiel. Les hauteurs sont en pieds, et pas toujours comptées depuis le même endroit. AGL (above ground level) compte depuis le sol, AMSL (above mean sea level) depuis le niveau de la mer. La zone de contrôle de Caen, ci-dessus, va de 0 ft AGL à 2 500 ft AMSL : son plancher est au sol. Autrement dit, votre drone y est dès qu’il quitte votre main.

Ce qu’il faut en retenir

Une carte aéronautique ne ment jamais, mais elle ne parle pas votre langue. Trois habitudes suffisent à ne plus se tromper : convertir avant de conclure — un niveau de vol n’est pas une hauteur en mètres ; cocher avant de regarder — ce qui n’est pas activé n’existe pas à l’écran ; et vérifier l’activation — une zone dessinée n’est pas forcément allumée, une zone allumée n’est pas forcément dessinée.

Le reste est affaire d’habitude. Vous n’avez pas à devenir expert en information aéronautique pour faire quelques photos. Mais savoir que ces publications existent, et pourquoi elles existent, change deux choses : vous ne prenez plus une carte verte pour une autorisation, et vous savez quoi chercher le jour où quelque chose cloche.

À retenir : la carte drone répond à « ai-je le droit ». La carte aéronautique répond à « pourquoi ». Les publications du jour répondent à « et aujourd’hui ». Aucune des trois ne remplace les deux autres.
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Pour aller plus loin

À quoi ressemble une vérification de zone complète — la méthode entière, et ce qui reste à votre charge quel que soit l’outil.
ZRT, NOTAM et SUP AIP — les restrictions temporaires, sigle par sigle.
Où peut-on voler avec un drone ? — lire la carte officielle des restrictions.
Voler près d’un espace naturel — réserves, parcs, nidification et restrictions saisonnières.

Sources : visualiseur de cartes du SIA (DGAC / DSNA) · carte « Restrictions UAS catégorie Ouverte et aéromodélisme » sur cartes.gouv.fr (IGN / DGAC) · Guide DSAC catégorie Ouverte, éd. 2 v1.0 du 31/12/2025 · zones de sensibilité majeure : STAC / DGAC. Captures de septembre 2026, données AIP du 6 août 2026.